Les discoursRéception Ligue Henri IV de San Francisco, français

Mesdames et Messieurs, chers cousins béarnais, chers amis du nouveau monde…

L’Académie du Béarn est heureuse de vous accueillir en séance spéciale pour vous exprimer les sentiments qu’elle éprouve à votre égard en cette occasion.

Voilà que le proche et le lointain se retrouvent à plus d’un siècle de distance si l’on prend en compte l’éloignement de ceux qui les premiers se sont éloignés de leur terre natale. Qu’ils n’en aient pas fait l’oubli en devenant citoyens d’une nouvelle patrie est pour nous un motif de fierté et une marque d’attachement aux pays des ancêtres.

Comment ne pas évoquer en effet ce moment décisif où pour des raisons diverses on prenait le bateau pour les Amériques. Pour beaucoup d’entre eux,  cela a été longtemps un rêve et un mythe mais pour d’autres une grande aventure.  Tant d’hommes comme vous et vos ancêtres l’avez accompli et avez écrit une autre histoire.

Certes, aujourd’hui l’on va et l’on revient dans un monde globalisé en quelques heures d’avion et la notion de départ n’a plus le même sens, ni rien de définitif, mais il faut penser à ce que cela signifiait à l’époque pour ceux qui partaient et pour ceux qui restaient.

Que les liens en aient été préservés nous montre que, pour ceux qui partent, l’amour de leur petit pays, de leur pays natal, reste inoubliable. Et lorsqu’il s’agit de les affermir, il se crée alors de ces associations d’hommes et de femmes qui se déclarent « pays » parce qu’ils parlent la même langue et peuvent évoquer les mêmes paysages, les mêmes souvenirs, en les sentant les leurs.

Lorsque de surcroît ils prennent pour nom de leur Ligue, celui d’Henri IV, ils veulent indiquer par là qu’ils sont issus d’un pays de Roi et d’une certaine façon ainsi de descendance royale comme tous ceux qui se reconnaissent dans cette filiation réelle ou supposée. C’est aussi ce qui nous rapproche.

Soyez donc salués chers cousins d’Amérique comme il convient par l’Académie de Béarn.

Qu’est-ce en effet que notre Académie ? Bien moins nombreuse en adhérents que votre ligue, elle est née le 24 avril 1924, au château de Pau des soins du Docteur Sabatier qui voulait en relever l’utilité et le prestige après la terrible première guerre mondiale où du reste l’Amérique était déjà venue au secours des Alliés.

Il l’a définie en ces termes : « A l’époque où le Béarn est favorisé par une élite de littérateurs, artistes et savants, il a paru légitime de créer une société destinée à protéger et développer ce mouvement. L'Académie de Béarn est née de cette pensée à la fois artistique et bienfaisante. La figure qu’elle a choisie pour emblème, Marguerite, Reine de Navarre, protectrice des artistes et des savants inspire ses actes et marque sa destinée »

Je dis « en relever l’utilité et le prestige » car notre Académie est aussi l’héritière des Académies du XVIII° et du XIX° siècle qui s’étaient voués à l’époque plutôt à la musique avant de l’être aux « lettres et aux arts ».

De hautes personnalités du monde des lettres, des arts ou de la politique en ont été membres :

Des écrivains béarnais lauréats du Prix Goncourt le plus célèbres des prix littéraires français : Joseph Peyré qui dans « Jean le Basque » décrit l’émigration des Béarnais et Basques vers les Amériques, Jean-Louis Curtis, ,et plus récemment, Paule Constant.

Des artistes et des hommes et femmes de lettres: Charles de Bordeu, Tristan Derème, le peintre Paul Mirat écrivain et homme politique, le sculpteur Ernest Gabard, le musicien Francis Planté,

Des universitaires, académiciens et savants comme Charles Moureu, Gustave Schlumberger, membres de l’Institut, Pierre Lasserre de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, Raymond Ritter, historien, Jacques Doleris membre de l’Académie de médecine, l’abbé Brémond, membre de l’Académie Française, et le cardinal Pierre Eyt.

De grands hommes politiques français : Louis Barthou président du Conseil des ministres, Léon Bérard ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, François Bayrou ministre de l’Éducation nationale et de la Justice sont, parmi tant d’autres, des exemples de figures illustres qui ont contribué au développement et au prestige de l’Académie.

L’Académie se voue aujourd’hui à l’étude à la préservation et au développement de la culture, tant en ce qui concerne ses racines béarnaises qu’en ce qui résonne en elle des grandes questions existentielles de notre temps. Un site dédié à ses travaux et conférences donne le compte rendu de ses activités : academiedebearn.org

Mais l’Académie comme toute société savante a un rituel par lequel passe tout Académicien avant d’être reconnu comme tel. Il faut d’abord être accueilli en séance solennelle, le plus souvent au Parlement de Navarre où se déroulent les assemblées pour y être intronisé.

Dès lors, les Académiciens porteront tous, selon la coutume, l’insigne de la Marguerite évocation de Marguerite de Navarre, sœur du Roi François 1er, mère de Jeanne d’Albret, et grand mère d’Henri IV.

Cette Princesse était célèbre et célébrée pour sa grâce, son esprit, sa spiritualité et sa culture. Très impliquée dans le monde savant, littéraire, religieux de son temps, celui de la Renaissance, celle qu’on appelait familièrement « la Reine Margot » fut au XVI° siècle, la protectrice des poètes auxquels on doit la forme de la langue française : Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard et les poètes de la Pléïade afin disait-elle : de faire reculer le « Monstre Ignorance » par la diffusion de la culture antique, dans l'esprit humaniste de la Renaissance. Elle a composé de multiples œuvres dont l’Heptaméron  qui lui valut le surnom de «  dixième des muses » et écrit le recueil : « Les Marguerites de la Marguerite des princesses ». Pour cela, elle avait choisi comme emblème la marguerite, la fleur du souci. "Fleur ayant plus d’affinité pour le soleil qu’aucune autre."

Sa devise était : "Ubi spiritus ibi libertas", "Où l’esprit est élevé et véhément, la liberté y est parfaitement."

La Marguerite, devenue l’emblème de l’Académie a donc été choisie en souvenir de Marguerite de Navarre. Elle est remise à chaque nouveau membre lors de son intronisation comme académicien. On la décerne aussi à ceux que l’Académie veut honorer à titre exceptionnel. C’est ainsi que j’aurais le plaisir de vous la remettre au terme des discours au nom de l’Académie en vous demandant de bien vouloir accepter comme un témoignage d’amitié et de considération pour votre ligue Henri IV de Californie, cet insigne si cher au cœur des Académiciens béarnais mais aussi plus largement des poètes français.

Samedi 23 septembre 2017
Marc BELIT