Les discoursFrançois Mauriac, l'itinéraire politique d'un intellectuel dans les combats de son siècle

«Mes prises de position, à certaines époques de ma vie, je n'ai pas la vanité de croire que cela présente quelque intérêt pour beaucoup de gens (...). Mais quoi ! on m'assure qu'il subsiste encore quelques milliers de maniaques, de par le monde, pour s'intéresser aux faits et gestes d'un écrivain de mon espèce qui a émergé à la vie de l'esprit, et donc à la vie politique, dans les premières années du siècle et qui depuis bientôt trente ans ne s'est pas privé de la commenter.»[1]

C'est par ces mots - teintés de fausse humilité - qu'en 1967 François Mauriac introduisait le lecteur dans ses Mémoires politiques. Trois ans avant sa disparition, celui qui fut sans doute le polémiste le plus doué de sa génération, «remettait sa copie» politique comme il se plaisait à le dire. Ce recueil d'articles laisse percevoir la trame complexe de l'engagement politique d'un intellectuel catholique placé dans le chaos du XXe siècle.

Un catholique pour qui, selon le mot de Charles Péguy, «il y a une mystique républicaine»[2]. Une mystique ! Parole forte pour un croyant qui n'a jamais connu celle de Thérèse d'Avila ou de Jean de la Croix, mais qui confesse ne pas avoir échappé à celle que la République lui inspire.

En fait, c'est peut-être parce qu'il fut ce «mystique républicain» que Mauriac demeura longtemps un républicain inquiet, tourmenté même, presque jamais en repos.

Aussi les prises de position politiques de François Mauriac peuvent-elles apparaître contradictoires aux yeux de certains. L'apparence, il est vrai, joue contre lui. Mais être de ces maniaques dont Mauriac se gausse au seuil de ses Mémoires politiques  sert peut-être l'historien prétendant qu'il y a une unité dans l'évidence des paradoxes. Une unité qui, enfin, se révèle, s'épanouit et s'achève avec la vie de Mauriac dans le gaullisme.

« Ce ne sont point mes changements qui me scandalisent… »[3]

Après l'édition de 1815 du Dictionnaire des Girouettes où Talleyrand tenait une place de choix, une seconde version parut en 1948. Ce Nouveau Dictionnaire des Girouettes  apparentait François Mauriac à l'espèce du Prince de Bénévent.

«En vérité, avec M. Mauriac on ne sait jamais exactement où on en est... un jour blanc, un jour noir. Un jour bleu, un jour rouge. Un jour réclamant des têtes, le lendemain s'abîmant dans le miel de la charité. (…) Un jour le Pape, un jour le diable. On s'y perd.»[4]

Beaucoup, en effet, s'y sont perdus. Lassés de chercher en vain une famille idéologique à laquelle rattacher l'auteur du Bloc-notes, ils l'abandonnèrent avec mépris dans une sorte de limbes politiques.

Retraçons d'abord cet itinéraire qui désarma bien des analystes tant il leur apparut se dérouler en courbes et détours incompréhensibles.

Le 11 octobre 1885, François Mauriac naquit bourgeois. Le cinquième et dernier enfant de Jean-Paul et Claire Mauriac voyait le jour dans un milieu privilégié où la fortune ne manquait guère. L'empreinte du milieu familial ne s'effaça jamais. Elle va plus sûrement affiner celle du milieu social. Or, la Providence voulut que François Mauriac fût placé au carrefour d'influences politiques familiales que la question religieuse rendait irréconciliables.

Du Langonnais et du Bazadais paternels, Mauriac héritait de la tradition républicaine et anticléricale. Du Bordeaux maternel, le jeune François reçut en héritage une religion tenant le Syllabus pour un absolu. «Aucun doute n'effleura notre petite enfance sur l'infaillibilité de l'Église en matière politique...»[5] , écrit le doyen Pierre Mauriac, frère de l'écrivain.

Jean-Paul Mauriac mourut subitement le 11 juin 1887. François n'avait que vingt mois. L'influence maternelle dans l'éducation de l'enfant en fut d'autant plus considérable. Claire Mauriac, née Coiffard, était une maîtresse femme, menant son petit monde à l'aune d'une morale austère dans laquelle l'auteur du Nœud de vipères  décèlera plus tard les survivances de Port-Royal. Son hostilité à un régime anticlérical la poussait dans le camp des adversaires de la République sans pour autant partager leurs idées monarchistes ou bonapartistes[6]. Quand l'affaire Dreyfus éclata, elle épousa la cause antidreyfusarde, puis lorsque le radical Émile Combes devint président du Conseil, il apparut aux yeux de la couvée de Claire le «suppôt de l'infernale franc-maçonnerie.»[7]

Mauriac grandit à l'ombre de cette mère omniprésente. Mais l'influence maternelle n'en fut pas moins limitée par la présence du tuteur des enfants Mauriac. Le frère de Jean-Paul Mauriac, l'oncle Louis - celui qui «n'allait pas à la messe, comme un chien de garde ne va pas à la chasse»[8] - était républicain et dreyfusard. Ce magistrat, conseiller à la Cour de Rouen, «bien qu'il se gardât de toute intervention (...), dut agir sur moi, confie Mauriac, par son opposition muette à tout ce qui relevait de l'Église.»[9]

Voilà donc notre Mauriac jeté dès l'enfance et l'adolescence au cœur d'influences contradictoires qu'il n'est pas près de surmonter. Et la marque des jeunes années résisterait aux assauts du temps.

Ses premières armes politiques, François Mauriac les émoussa sur un terrain où quelques-unes de ses contradictions semblaient réconciliées : la démocratie chrétienne. Un mouvement la représentait : le Sillon ; un homme l'inspirait et le guidait : Marc Sangnier.

A l'origine de l'adhésion de François Mauriac au Sillon, il y eut bien sûr son frère Jean - le futur prêtre - et son grand ami André Lacaze. Mais, plus profondément, il y eut les leçons qu'il tira de l'engagement d'une minorité de clercs dans l'affaire Dreyfus. Alors que la quasi-totalité des évêques n'intervint pas dans le combat, l'Église tout entière fut considérée par beaucoup comme un élément des plus acharnés de la cause antidreyfusarde. Il est révélateur que Mauriac - pourtant peu suspect d'anticléricalisme - commette cette fâcheuse généralisation lorsqu'il affirme que les catholiques s'étaient alors rendus «complices d'un crime, et d'un crime inexpiable.»[10] Selon lui, il fallait donc sortir l'Église de l'ornière politique dans laquelle elle s'était précipitée. Le Sillon l'y aiderait. Cependant, il milita peu de temps. Adhérant au Sillon en 1905, il le quitta en 1907.

Le passage au Sillon fut une étape déterminante dans la vie de Mauriac. «Dans ma vie consciente, déclara-t-il bien plus tard, le problème posé par l'argent et par l'injustice sociale s'est éveillé en moi au moment du Sillon.»[11]

Ce fut donc à gauche, et dans le camp républicain, que François Mauriac fit ses premiers pas dans le monde politique. Il ne l'oublia jamais.

Mais la Grande Guerre survint, déchaînant les nationalismes à peine retenus jusqu'alors dans une Europe surarmée. En novembre 1920, Mauriac écrivait : «notre génération a rencontré deux sortes de  maîtres : des hommes d'abord, puis les événements.»[12] Pour Mauriac, parmi les premiers, il y eut Maurice Barrès ; parmi les seconds, la Première Guerre mondiale. La conjonction des deux orienta Mauriac plus nettement à droite.

L'admiration de Mauriac pour Barrès ne datait pas de l'après-guerre. Déjà sillonniste, Mauriac se disait - non sans paradoxe - barrèsien. C'est à Barrès qu'il dut sa reconnaissance de poète lorsque «monté à Paris», il reçut en 1910 de l'Académicien un éloge remarqué pour son premier recueil de poèmes : Les Mains jointes. Sous la plume de Barrès, l'ouvrage fit la «une» de L'Écho de Paris  et Mauriac entra dans l'intimité du maître.

Sensible à certaines idées nationalistes barrèsiennes qui courraient dans le salon de sa mère, François Mauriac ne pouvait ne pas être attentif aux thèses d'un autre apôtre du nationalisme, intégral celui-là : Charles Maurras. Ainsi était-il devenu, dès avant 1914, «l'admirateur et le disciple de Barrès et, en dépit de (son) opposition déclarée, le lecteur quotidien de Charles Maurras.»[13]

 La guerre allait le faire plus encore glisser sur ce versant. L'exaltation d'un combat à livrer pour recouvrer les deux provinces perdues[14], la conviction que le gouvernement manquait à son devoir en n'agissant pas avec détermination pour en découdre avec l'ennemi[15], l'attachement à l'individualisme à l'heure où le bolchevisme triomphait à Saint-Pétersbourg et cherchait à n'être pas que russe[16] furent autant d'éléments qui attirèrent Mauriac du côté de Maurras et de L'Action française  pendant la Grande Guerre.

Le règlement du conflit lors des négociations de la conférence de Versailles, l'exaspération suscitée par un régime englué dans les crises ministérielles le maintinrent dans l'orbite de la droite nationaliste jusqu'à la seconde moitié des années vingt[17].

Lecteur de Maurras, sensible à certaines de ses idées, François Mauriac ne sombra pas pour autant dans la doctrine maurrassienne. Cet esprit, voué à la liberté, l'emportait toujours sur un système de pensée quand, l'ayant séduit, il essayait in fine  de le capturer. Aussi, les reproches qu'il formulait à l'encontre de l'Action Française s'avéraient bien plus forts que ne l'étaient ses points d'accord avec Maurras. Surtout, il ne souffrait pas que l'idéologie maurrassienne annihilât l'esprit critique. On sent François Mauriac prendre ses distances de l'Action Française à partir de 1926, date de la condamnation de celle-ci par le pape Pie XI.

Mauriac n'en demeura pas moins ancré à droite. A partir de 1932, il collabora à des journaux conservateurs : L'Écho de Paris  et Le Figaro. Il fut fasciné par l'ascension politique d'un Philippe Henriot anathématisant le parlementarisme[18]. Au lendemain du 6 février 1934, il s'en prit «au président du Conseil maçonnique»[19].

A la fin de 1934 et au début de 1935, il fut envoyé en Italie par Le Journal. Il devait y rendre compte des accords Laval-Mussolini. Il revint subjugué par le Duce. «Son prestige éclate dans Rome»[20], écrivit-il.

Si, de l'immédiat après-guerre jusqu'au milieu des années 1930, François Mauriac agit, pensa et écrivit tel un homme de droite, son ancrage de ce côté-là de l'échiquier politique apparaît néanmoins fragile. Son frère fut le témoin de ses tergiversations au début des années 1920[21]. Inclassable Mauriac ! capable tout à la fois de fustiger sa classe et de dénoncer l'audace politique de ses coreligionnaires de la revue Esprit[22]. En fait, Pierre Mauriac a le dernier mot : son frère «n'avait encore que des préférences, l'événement n'était pas assez fort, l'urgence assez pressante pour l'entraîner dans l'action.»[23]

L'urgence, François Mauriac la connut quand éclata l'affaire éthiopienne, puis lorsque l'Espagne s'embrasa dans la guerre civile. A l'automne 1935, l'Italie fasciste envahit l'Abyssinie. Sennep crut à ce moment avoir de l'esprit en dessinant le Négus perché sur un cocotier en compagnie de deux singes. Mauriac vit la caricature. Il en fut indigné. Voilà notre Mauriac «se jeter, comme il l'écrira plus tard, du côté où il penchait.»[24] Il alla plus loin. Il fut à l'origine d'un manifeste rédigé par Georges Bidault et Maurice Schumann qui dénonçait « le sophisme de l'inégalité des races... » Et le manifeste de continuer : "Le christianisme nous fait comprendre et réaliser cette vérité d'ordre naturel que la justice est due aux hommes sans acception de personne, ni de race, ni de nation, et que l'âme et la vie d'un Noir sont aussi sacrées que celle d'un Blanc...»[25]

La guerre civile espagnole poussa plus encore Mauriac vers la gauche. Il fut d'abord tenté par la neutralité française tout en dénonçant «l'Internationale de la haine»[26]. Mais le bombardement de Guernica par l'aviation allemande, le 26 avril 1937, allait définitivement avoir raison des dernières réticences de Mauriac à s'engager. Il entra dans la bataille... mais du côté des républicains. Horrifié par la force avec laquelle les franquistes, aidés des Allemands et des Italiens, brisaient le peuple basque, le chrétien, qu'il ne cessa jamais d'être, permit de braquer l'attention de l'opinion sur «le membre souffrant» du corps mystique du Christ.

«Un peuple chrétien gît dans le fossé, couvert de plaies. Devant son malheur, ce n'est pas faire le jeu du marxisme que de manifester au monde la profonde unité catholique. Voici le cep et voici les pampres. L'un des rameaux est menacé de périr et toute la vigne souffre.»[27]

Pour la presse de droite, François Mauriac trahissait. Il devint un «rouge chrétien». Le tournant était pris : il allait vers la gauche. Ses ennemis seraient à droite. Celle-là même qui l'attirait vingt ans plus tôt.

Son regard inquiet se tournerait désormais au-delà du Rhin et des Alpes. En 1938, il ne lui fallut guère de temps pour comprendre la duperie hitlérienne qui se joua à Munich. En octobre de la même année, il redoutait le printemps 1939 qui vit l'Allemagne annexer la Bohème et la Moravie. Ses «vues sur l'Allemagne» piquaient en vain de leur tragique lucidité l'épais épiderme d'une France frileuse recroquevillée sur elle-même, comme abandonnée à une torpeur suicidaire.

«L'Allemagne, écrivait-il : une puissance formidable de destruction au service d'une idée fausse. (...) L'Allemagne, que la petite France doit regarder tout le temps dans les yeux : un moment d'inattention, et elle serait mangée. Il faut suivre tous ses mouvements, ne pas lâcher la crosse du revolver.»[28]

La France ne lâcha pas la crosse du revolver ; et pourtant ! en mai 1940, une bouchée suffit à l'Allemagne pour engloutir une nation souveraine depuis près d'un millénaire. Et Mauriac d'écrire sur Hitler au début du conflit : «Un artiste et un artiste insatisfait, un peintre raté pour tout dire, fait payer cher à l'Europe son ratage.»[29]

Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain demanda l'armistice à Hitler. Le 22, il était signé. Le 25, il entra en vigueur. Le 10 juillet, le Maréchal reçut les pleins pouvoirs du Parlement en vue de réformer les textes constitutionnels.

François Mauriac partagea le désarroi de la majorité de ses compatriotes. Il n'avait pas manqué pourtant de les prévenir des menaces qui pesaient sur le pays. Dans l'humiliation de la défaite, puis de la mutilation et de l'occupation, Mauriac prêta un moment son attention à «la voix de Pétain»[30]. Cependant, il n'écrivit rien qui ne fût comparable à ce que le «vainqueur de Verdun» inspirait à beaucoup durant ces deux premiers mois d'une tragique histoire[31].

Puis, le 23 juillet 1940, dans un article paru dans Le Figaro, il appela la France à «ne pas se renier».

«Ne renions (...) pas notre amour de la liberté, ne renonçons pas à défendre la personne humaine ; mais profitons de ce que le désastre a fait table rase en nous et autour de nous, pour retrouver les vraies conditions de la liberté et de la culture individuelle ; apprenons à redevenir dans un État souverain, des citoyens entreprenants, responsables et libres. Et ne soyons pas trop cruels pour certaines de nos erreurs. (...) Nous jugerons du régime qui se prépare, selon le plus ou moins de forces qu'il nous permettra de recouvrer.»[32]

Ici, s'exprime un républicain.

Bien que Mauriac crût deux ans au double jeu de Pétain[33], il mit sa plume au service de la Résistance. Il exécrait l'idéologie de Vichy ; une idéologie qui n'avait dû son triomphe que dans la défaite de la France. Dès 1940, le ton était donné, à commencer par le premier Statut des Juifs[34]. Mauriac en fut bouleversé et indigné. Il n'eut aucune peine, par la suite, à rejoindre Les Lettres françaises clandestines, puis les Éditions de Minuit auxquelles il donna en 1943 un manuscrit qu'il signa Forez : Le Cahier noir[35]. Ce petit livre est un cri d'espérance lancé au plus sombre de l'Occupation. Il est aussi une légitimation du combat mené contre « l'ordre nouveau » que l'Allemagne et ses affidés voulaient imposer à l'Europe. Plus encore, il est un acte de foi quasi pascalien en la victoire de la justice et de la liberté sur la force.

Tout ce que certains n'avaient pas pu écrire sans tomber sous le coup des lois républicaines, l'Occupation et les tolérances de Vichy leur permettraient de le déverser.

Dès juillet 1940, Mauriac, ce «poisson rouge des bénitiers de Barcelone»[36], fut une cible de choix pour les collaborationnistes. On vit dans leur presse, «l'infâme Monsieur Mauriac»[37] revêtir l'habit d'un «Tartuffe belliciste»[38] ou bien, à la même époque, celui d'un «sacristain polisson qui, après les vêpres, s'en irait trafiquer des cartes postales obscènes.»[39] En avril 1941, Mauriac apparaissait «mal foutu, scrofuleux, l'air penché d'un pot de chambre trop plein, sec comme un échalas de vigne bordelais.»[40] Et ce ne fut pas tout[41].

Recherché, Mauriac dut se cacher. L'écriture, cependant, l'emportait toujours sur la peur. Une écriture du courage stigmatisant sans cesse ni retenue les «trahisons» du nationalisme intégral, condamnant un Maurras et ses disciples qui «se sont réveillés, un jour, dans le camp de l'ennemi, du même côté que le bourreau allemand et que ses valets français.»[42]

Enfin, la Libération survint. Mauriac plaça de nouveau ses espérances politiques dans la démocratie chrétienne d'où jaillit, en novembre 1944, le Mouvement républicain populaire. Celui-ci parvint même à être le premier parti de France lors des élections législatives de juin 1946. Avec l'épopée du MRP de l'immédiat après-guerre, Mauriac revenait à ce centre gauche chrétien.

Et de Gaulle ? Dans le retour à la démocratie chrétienne, Mauriac n'en perdait pas de vue celui vers qui «la France débâillonnée jeta son premier cri (et)... détachée du poteau (...) tendit ses pauvres mains.»[43] Pendant moins de deux ans, le MRP resta le «parti de la fidélité» à celui que François Mauriac nommait «le premier des nôtres».

Les principes constitutionnels à partir desquels devaient être bâtie la quatrième République consommèrent la rupture entre les républicains-populaires et de Gaulle. Le Général démissionna le 20 janvier 1946. Mauriac regretta ce geste. «Le départ du général de Gaulle a chassé les dernières brumes de grâce et de miracle qui flottaient encore sur la France ressuscitée.»[44] Grâce, miracle, résurrection...

Quoiqu'il s'affirmât alors gaulliste[45], Mauriac ne suivit pas le Général dans l'aventure du Rassemblement du peuple français. Mauriac, admirateur et ami de De Gaulle, resta donc fidèle au MRP. Du moins quelques années. Un sursis ! En fait, de son propre aveu, il «se rendormit», se «dérobant au problème politique», heureux de se savoir gouverné par ses «amis démocrates-chrétiens».

Mais le processus de décolonisation commençait à sérieusement envenimer les débats politiques. Quand François Mauriac reçut le prix Nobel de Littérature en décembre 1952, des émeutes sanglantes éclatèrent à Casablanca. Auréolé du prestige qui lui vint des frimas scandinaves, indigné par la façon dont le gouvernement traitait la question marocaine, Mauriac prit le parti de l'action. Avec quelques autres, il fonda le comité «France-Maghreb». Il en assura la présidence.

L'objet de cette association fut de veiller à l'application des droits de l'Homme en Afrique du Nord et de dénoncer les complicités gouvernementales dans les projets de déstabilisations du sultan du Maroc. La cause défendue par «France-Maghreb» mobilisa autour de Mauriac des personnalités comme le Père Daniélou, le général Catroux, Albert Camus, Pierre Emmanuel, Edmond Michelet, François Mitterrand, etc..

Soupçonné de sympathie pour les indépendantistes de l'Istiqlâl, le sultan du Maroc, Sidi Mohamed Ben Youssef, fut enlevé en 1953 par une escouade de militaires français et, finalement, déporté à Madagascar. Au cœur de ce rapt, la complicité d'un ministre MRP apparut peu à peu dans l'enchevêtrement des événements. Point de second couteau ici, mais Georges Bidault. Il fut prouvé par la suite que le ministre des Affaires étrangères laissa en effet se développer puis se réaliser le complot que l'on ourdissait contre l'autorité légale du Maroc. Le gouvernement entérina le coup de force.

La déception de Mauriac fut à la hauteur des espérances qu'il avait mises dans le MRP de la Libération. Le polémiste usa alors de tout son talent pour ruiner le crédit du MRP et de ses chefs. Il ne s'accorda nul repos dans cette croisade. En 1967, le photogénique et souriant Jean Lecanuet serait encore la victime des coups de plumes acérées du vieil écrivain constatant, non sans délices, la faillite du MRP : «Oui, le parti s'effondre, le vent de l'oubli en disperse déjà les débris, et d'une immense espérance il reste ce sourire publicitaire et ses trente-deux dents.»[46]

Dès 1953, il reprochait aux républicains-populaires d'avoir participé à la politique coloniale d'une IVe République répressive. Et d'interpeller l'un des leaders du MRP : «Que de sang répandu, tout de même, Maurice Schumann, durant ces années où la démocratie chrétienne a eu part au gouvernement de la France !»[47]

Empli de l'amère déception suscitée par les républicains-populaires, «démerpisé»[48] enfin, Mauriac vit un homme se dresser de la masse des politiques d'une quatrième République empêtrée dans ses errements institutionnels et coloniaux. Cet homme fut Pierre Mendès France. Mauriac n'hésita pas alors à dire sa sympathie et son engagement pour la gauche. Son «Bloc-notes», qui trouva refuge à L'Express en 1954[49], vibra d'un mendésisme fervent jusqu'en 1958.

Et de Gaulle ? Mauriac ne l'oubliait pas. Il lui restait attaché jusque dans son admiration pour Mendès. En décembre 1954, il écrivait : «PMF (sic) reste l'homme qui, sans renverser les alliances, peut rendre à la nation le pouvoir de suivre à l'extérieur des directives de De Gaulle.»[50] De 1954 à 1958, le nom de l'homme du 18-Juin revint de plus en plus souvent sous la plume de celui de Malagar. Il était le recours : celui qui délivrerait la France du piège institutionnel et colonial dans lequel elle s'était enfermée. En février 1958, De Gaulle lui apparut comme celui qui «nous rendrait l'honneur»[51]. En mai 1958 enfin, de Gaulle revint au pouvoir.

Dès lors, l'auteur du Bloc-notes serait la plume du gaullisme militant. Un gaullisme fébrile, égratignant jusqu'au sang tout ce qui ne contribuait pas à la grandeur d'un homme concourant au salut de la France.

A la vérité, l'écrivain semblait ne plus avoir peur de ses paradoxes politiques. Dans un entretien qu'il accorda à Jean-Claude Lattès en 1965, il affirmait : «Bien sûr, je suis un homme de droite (...). Il y a quelque chose de commun entre le général de Gaulle et moi, nous sommes des hommes de droite qui avons toujours fait la politique de la gauche et que la gauche a toujours renié.»[52]

En fait, au terme de sa vie, le vieil homme de Lettres paraissait assumer enfin l'héritage des Mauriac et des Coiffard. Les vignes et les landes du Bazadais paternel se fondaient dans le Bordeaux maternel pour n'être qu'un. Mauriac savait que la République était guidée par l'homme qu'elle attendait. Rassuré, il abandonna sa confiance à la Providence qui permit la rencontre inespérée de De Gaulle et de la République.

« Je suis devenu un autre en demeurant le même. »[53]

Il est aisé de relever les contradictions du destin politique et journalistique de François Mauriac. A première vue, il semble peut-être difficile de s'y retrouver. Allons au-delà de l'écume.

Mauriac ressemble à ces fleuves que les aléas des saisons font changer d'humeur et qui se nourrissent d'eaux jaillies à des sources différentes ; quel que soit leur débit, ces fleuves restent cette eau mêlée qui, invariablement, suit un cours que, dans le secret de son dessein, Cybèle lui a tracé. A son fleuve, Mauriac eut deux sources : Sangnier et Barrès.

Consciemment ou non, Mauriac ferait la synthèse de cet apport antithétique. Il y resterait fidèle. Aussi, en dépit des outrages du siècle, la République de ses rêves conserverait un visage aux traits pérennes.

L'un d'entre eux serait l'identification du pouvoir à une personne. En mai 1956, il en fit l'aveu : «rien de grand, ou simplement d'efficace, ne s'accomplit en politique qui ne soit conçu par un homme. Les événements sont toujours à l'effigie d'un homme.»[54] Barrès, secondé par Maurras, apporte ici sa caution.

Pour Mauriac, l'incarnation du pouvoir oriente les institutions vers une république consulaire en même temps qu'elle donne à la France le visage de celui qui la dirige.

N'en doutons pas une seconde : la prédilection de Mauriac pour une république consulaire n'est autre que l'expression de son antiparlementarisme. Se penchant sur son enfance et celle de son frère cadet, Pierre Mauriac confie : «En somme, libérés de toute tendance politique, nous étions antiparlementaires.»[55]

Dans les années 1920, François Mauriac déclarait : «Tous mes goûts vont à un gouvernement qui soit un gouvernement. Je suis profondément antiparlementaire.»[56] Le Barrès de Leurs Figures et le Maurras vouant aux gémonies la «femme sans tête» ne sont pas morts chez Mauriac.

Le Parlement apparaît dès lors dans la prose mauriacienne telle une «corrida»[57] peuplée de «bacilles»[58] ou un «marécage politique»[59]. Ailleurs, le jeu parlementaire lui semble un «grouillement» de «bactéries»[60]. Quand il s'en prend à la «faune des mares stagnantes»[61], Mauriac vise aussi les partis politiques qui participent «au monde qui s'agite à la surface de l'événement.»[62]

Mauriac s'élève alors contre un mode de gouvernement prisonnier des querelles régulières des formations politiques. Dès 1955, il se tourne vers l'homme du discours de Bayeux : «La démonstration est faite et donne raison au général de Gaulle : le régime des partis, tel que nous le pratiquons en France, est destructeur de tout gouvernement.»[63]

Le régime idéal, selon Mauriac, est donc celui qui ôte aux partis politiques le pouvoir de nuire à la stabilité du gouvernement de la République. L'exécutif doit dès lors l'emporter inévitablement sur le législatif. Cet appel à une subordination nécessaire ne fait pas pour autant de son auteur un partisan de la dictature. Mauriac est seulement un homme d'ordre, hostile à tout ce qui désorganise un régime et défigure la République. En octobre 1968, il déclare : «Je crois que la vraie révolution, c'est tout de même l'ordre, un ordre vivant mais l'ordre.»[64]

La personnalisation du pouvoir conduit immanquablement à une assimilation de la France à celui qui préside à sa destinée. «La France [et non ici la République] sera sauvée, dit Mauriac, à partir du jour où elle aura un chef, le jour où elle ne sera plus la femme sans tête.»[65]

Une fois la France identifiée à la personne qui l'incarne, elle en devient plus forte dans le concert des nations. Le brouhaha du «vieux cirque»[66] d'une République «vermoulue»[67] est dès lors couvert par la voix de l'homme qui a su confondre son destin avec celui de Marianne.

Au-delà de la République, la nation en sort grandie. Ici, le barrèsien exulte. Il n'en étouffe pas pour autant le sillonniste. Mauriac nourrit, en effet, le regret que la France n'ait pas su adopter des institutions capables de mieux affronter les fascismes au moment où ils menaçaient l'Europe de l'entre-deux-guerres. Une telle République aurait octroyé de tout autres pouvoirs à un Blum pris dans la cacophonie du Front populaire lors de la Guerre d'Espagne ou à un Daladier présidant un gouvernement déchiré entre munichois et antimunichois. Blum et Daladier ne furent que deux «coques de noix qui dansaient sur la vague», selon Mauriac. Deux hommes qui n'avaient aucune prise sur les événements puisqu'ils n'en détenaient pas le pouvoir.

Selon Mauriac, le pouvoir, personnalisé et fort, aurait pu être au service de la démocratie dans l'anneau qui se resserrait sur la France : la nation en eût été mieux servie que par la débâcle de 1940.

Mauriac resta attaché tout au long de sa vie au principe de la personnalisation du pouvoir. C'est là l'un des fils conducteurs de ses engagements politiques. Il y a là un premier élément d'unité dans les apparentes contradictions mauriaciennes. On comprend mieux alors son soutien à Mendès et à de Gaulle, deux fortes personnalités qui ont su s'imposer à la «faune politique»[68] et se désolidariser des «équipes spécialisées dans le désastre»[69] qui gouvernaient la France sous la quatrième République.

Mauriac fut toujours conscient de l'importance des personnes. Il les préférait aux idéologies dans lesquelles sa liberté et son talent de polémiste ne pouvaient pas s'épanouir[70]. On ne peut donc comprendre le Mauriac politique que si on le sait plus pragmatique que crispé sur des structures partisanes ou sur une idéologie préconçue par un maître à penser. C'est ce qui lui fit quitter le Sillon, qui le retint de basculer chez Maurras et l'empêcha de sombrer dans le nationalisme, «une doctrine courte»[71] , confiait-il dès 1918.

Une deuxième constante doit être mise à jour dans les détours des chemins de traverses que Mauriac prit sur le terrain politique : ses choix ont toujours répondu à une l'exigence impérieuse de conformer ses engagements à l'Évangile. A toute prise de parti de Mauriac, il y faut chercher la part secrète ou dévoilée de sa foi. Aussi, à chaque bataille, c'est plus le catholique que le politique qui se trouve sur le front. Mauriac le souligne : «si on veut y voir clair dans mes partis pris : ils sont étroitement liés en moi à une exigence qui est celles des béatitudes.»[72] Tout est dit et tout s'éclaire.

Mauriac ne peut adhérer à une politique et suivre les hommes qui la mettent en œuvre qu'à la condition qu'elle soit intimement liée à la morale chrétienne. Déjà dans Le Cahier noir, il mesurait les effets désastreux du divorce de la politique et de la morale. «La séparation de la politique et de la morale (...) a couvert, et continue de couvrir, le monde de sang.»[73]

On comprend alors l'âpreté des sentences de Mauriac à l'égard de ces démocrates-chrétiens qui ne surent pas, à ses yeux, traduire l'Évangile dans leurs actes politiques. Ah ! ces malheureux républicains-populaires, combien il leur en coûta d'avoir détruit l'enthousiasme de François Mauriac. Parce qu'il désespéra de trouver le message du christianisme dans leur politique, Mauriac dénonça ce qu'il considérait être une trahison.

Le coup est rude. Il est à la mesure de l'amertume des espoirs déçus. La proie prise entre ses griffes, il ne la lâchera plus. Le Bidault glorieux des heures de la Résistance et de la Libération, le chef incontestable du MRP, ne sera plus qu'une ombre pâle dans le tableau mauriacien de la France des années 1950 et 1960. Le vieux renard de Malagar s'amuse à toiser le parcours de sa victime : le résistant d'abord, puis le ministre des Affaires étrangères du GPRF.

«Fouetté d'un peu d'alcool, il allait, ce pauvre corps, où son maître [de Gaulle] exigeait qu'il allât : aux risques les pires, durant la Résistance, ne l'oublions jamais (...). A aucun moment de ce triomphe le petit homme [Bidault] ne dut perdre de vue en tout cas le sentiment de sa petitesse : c'était la faute de ce de Gaulle - personnage démesuré, débarqué d'Angleterre, à qui les mérites acquis dans la Résistance intérieure en imposaient très peu, et qui aurait aussi bien logé Bidault dans la poche extérieure de sa vareuse. Pour finir, il le déposa sur le bureau de Vergennes mais comme un presse-papiers.»[74]

Voilà la charge mauriacienne pour qui a failli dans la mission chrétienne, en ne mettant pas en œuvre une politique conforme à la parole du Christ, et en ne donnant pas une âme à la République.

«Chacune des Béatitudes du Sermon sur la Montagne, écrit Mauriac, concerne notre vie tout entière et donc aussi notre vie du citoyen. Nous devons tendre à les inscrire dans les faits, par-delà tous les nationalismes, par-delà la haine raciale, par-delà l'esprit de conquête.»[75]

C'est parce qu'il crut que ce souffle inspirait la politique de Mendès France qu'il la soutint durant les années 1950. «Pierre Mendès France, souligne-t-il en octobre 1954, tout radical qu'il est, a agi en Indochine, à Tunis et va agir demain au Maroc selon ce qu'exigent notre foi et notre espérance de chrétien.»

On reconnaît bien ici le pragmatisme de Mauriac. Les relations qu'un homme peut avoir avec le Très Haut - ou leur absence - ne font nullement la valeur de sa politique gouvernementale. Mauriac s'avère en réalité hostile au caractère confessionnel des formations politiques. Il suffit que des catholiques avérés renient l'Évangile dans leurs actes pour que l'Église se trouve injustement affectée par cette défaillance. Mauriac l'écrit en filigranes en 1955. «Les scrupuleux au confessionnal deviennent cyniques à la table du Conseil, et c'est ce qui fait d'eux les politiciens les plus néfastes de ces dix dernières années.»[76]

Dans le cas extrême, tous ceux qui se servent de la religion à des fins politiques hérissent la sensibilité de Mauriac. «J'ai toujours considéré comme les pires adversaires de la religion, écrit-il, les hommes qui l'utilisaient pour servir des intérêts de parti ou de classe.»[77] Déjà en 1917, Barrès l'irritait quand, d'abord «pour la culture de son moi», puis pour «la culture française» et la patrie, il «utilisait le mécanisme spirituel de l'Église»[78]. Maurras n'est pas épargné par cette critique majeure, lui qui participa de ces «beaux esprits de la bourgeoisie athée (qui) ont tous professé qu'il fallait un Bon Dieu pour que le peuple se tienne tranquille.»[79]

Comme il dénie à quiconque le droit d'instrumentaliser l'Église tel un support du nationalisme ou tel un rempart au désordre social, il s'insurge contre l'institution ecclésiale lorsqu'elle offre son soutien à la droite et l'extrême droite. C'est à ce détour de son destin que l'on retrouve le Mauriac de 1937. Celui-là même que l'Espagne déchirée et le Pays basque écrasé bouleversèrent. «Jamais l'alliance de l'Église avec Mammon n'avait été aussi flagrante»[80], écrit-il en 1967.

A travers ces mots, c'est toute l'histoire de son enfance que Mauriac revoit défiler pour s'arrêter brusquement sur l'une de ses plaies : l'affaire Dreyfus.

«L'Histoire le montre : chaque fois que les catholiques trahissent leur vocation, qui est de chercher le Royaume de Dieu et sa justice, ils commettent une erreur politique et payent dès ici-bas. La liquidation de l'affaire Dreyfus, ce sont eux qui en ont fait les frais.»[81]

Un demi-siècle s'est presque écoulé entre le moment où Mauriac écrit ces lignes et l'époque de son militantisme sillonniste. Et voilà que, malgré tout, la continuité apparaît évidente dans l'opacité du temps. Il s'élève contre les Barrès et les Maurras qui, selon lui, «entraînèrent une partie de l'opinion catholique dans une certaine direction, la pire que l'on puisse imaginer puisqu'elle consistait à placer la raison d'État... au-dessus de la foi.»[82] 

A ceux qui n'ont jamais vu Mauriac que par la notice qui lui est consacrée dans le Nouveau Dictionnaire des girouettes, l'auteur du Mystère Frontenac apporte le témoignage d'une continuité parfaite. L'affaire éthiopienne, la guerre d'Espagne, l'Occupation... et au-delà, le gaullisme sont sa fidélité au Sillon.

Pour que l'Église ne se livre plus à ces compromissions séculaires «qui l'avaient liée à une classe, aux intérêts de cette classe et à l'individualisme bourgeois»[83], Mauriac, le catholique, se déclare favorable à la laïcité de la République. En 1945, répondant à L'Osservatore romano désireux de voir la France renoncer aux lois laïques du début du siècle, il déclare :

«Dans un pays peuplé de catholiques, de protestants, de juifs, d'athées, de rationalistes, de marxistes (...), il faut bien que l'État (à moins qu'il ne soit totalitaire) demeure en dehors de la sphère d'influence d'une doctrine et d'un culte particulier, et qu'il les domine tous. Cela va de soi et ne souffre aucune discussion.»[84]

Voilà la dernière touche du portrait que Mauriac brossa durant toute sa vie de sa Marianne idéale.

Le tableau offre à l'œil averti des lignes maîtresses que le peintre ne brisa jamais véritablement. Il offre une unité de structure et de tons à un ensemble polychrome et éclaté. Là est Mauriac dans toute sa cohérence de républicain. Mais la République demeure encore ici une toile terne, sans relief. Il lui faut trouver sa lumière ; l'éclairage espéré : celui qui donne la vie à une œuvre.

En vérité, la République de Mauriac attend de Gaulle pour l'embellir, l'ennoblir et l'animer.

«Charles de Gaulle n'est pas l'homme du destin, il est l'homme de la grâce.»[85]

En 1962, François Mauriac énonce sa définition du gaullisme : «Le gaullisme (...) fut la rencontre d'une grande pensée politique et d'une grande nation déclinante...»[86] Le déclin de cette «grande nation» tenait, entre autres, à des institutions qui se révélaient incapables du juguler les périls qui l'assaillaient, comme en 1940, ou qui la rongeaient, comme en 1958.

En 1958, de Gaulle offrit à la France d'autres perspectives constitutionnelles, lui qui, selon Mauriac, «voyait dans les mœurs politiques de la République parlementaire telle qu'elle avait sévi en France la cause directe de tous nos malheurs...»[87]

Mauriac, foncièrement hostile au parlementarisme qui caractérisa la IIIe et la IVe République, trouva enfin chez de Gaulle celui par qui la France en serait délivré. Aussi fut-il le plus fervent soutien du «oui» lors du référendum du mois de septembre 1958. A ceux pour qui la Ve République naissante n'était rien d'autre que le prolongement naturel du prétendu coup d'État du 13 mai, Mauriac rétorque :

«Quel reproche (...) mérite Charles de Gaulle ? Quelles raisons nous donne-t-il de nous méfier ? Ce système qu'il avait dénoncé, il ne l'a pas détruit. C'est le vide causé par un effondrement auquel il n'a aucune part, qui l'a en quelque sorte aspiré et mis à cette place où nous le voyons se dresser de nouveau ; et il n'a pas dit un mot depuis qu'il est là, il n'a pas fait un geste, dont un républicain puisse s'inquiéter ou s'offenser.»[88]

Une fois la Constitution acceptée par une écrasante majorité de Français (79,25 % de « oui »), François Mauriac se tourne vers de Gaulle pour ne voir encore que «le premier des nôtres, aujourd'hui comme il y a quatorze ans, et plus que jamais.»[89] «Le premier des nôtres», celui surtout grâce à qui la République va prendre soudain le visage de celle que Mauriac avait continûment espéré pour la France.

D'abord, une République qui annihile les travers du parlementarisme. Mauriac paraît soulagé. La Ve République marque la fin d'un régime qui rendait «les chefs interchangeables»[90]. Par la stabilité gouvernementale, elle ruine bien des carrières politiques dont l'aboutissement eût été «Matignon» sous les deux dernières républiques. Mauriac se délecte alors à décrire ces hommes politiques bridés par celui du 18-Juin.

Mauriac n'ignore rien de l'hostilité de ces hommes qui, de droite et de gauche, refusent la république consulaire voulue par de Gaulle. Il se penche sur eux, comme il le ferait sur l'eau trouble d'une mare. Et son bestiaire s'en trouve alimenté. «Comment un têtard se résignerait-il à mourir têtard et renoncerait-il de bon cœur au système qui le ferait grenouille ?»[91] François Mauriac ne cessa jamais de rendre grâce à celui qui mit fin à ce processus biologique : «tant que de Gaulle sera là, le péril parlementaire, péril mortel, sera conjuré.»[92]

Comme de Gaulle, Mauriac dissocie le parlementarisme de la démocratie. Il pense y réussir en faisant l'apologie du référendum.

«Alors quoi ? s'interroge Mauriac, Qui est le vrai démocrate ? Celui qui demande au peuple d'exprimer directement sa volonté ou celui qui lui substitue des mandataires pleins de secrets et de ruses, car la politique est leur métier et ils en ont fait un escabeau ou une échelle selon leurs capacités.»[93]

En 1962, l'Histoire donna raison à de Gaulle et à Mauriac. En majorité hostiles au projet d'élection du président de la République au suffrage universel direct, les députés provoquèrent la chute du gouvernement de Georges Pompidou. Interrogés par référendum, les Français approuvèrent la modification constitutionnelle proposée par de Gaulle. Les partis hostiles au Général avaient été non seulement malmenés et désarmés par la consultation du peuple mais aussi désapprouvés par celui-ci.

On le voit, la république consulaire et démocratique inspirée par de Gaulle séduit fortement Mauriac. Il n'est donc pas surprenant de le voir enthousiaste à l'idée que le chef de l'État tienne directement sa légitimité du peuple. A ceux qui ne reconnaîtraient pas d'expression démocratique sur le visage de cette Marianne-là, Mauriac lance cette question : «La république consulaire, telle que de Gaulle l'a conçue, et dont le chef tient directement son pouvoir du peuple, pourquoi ne serait-elle pas la république véritable, et au nom de quelle autorité la déclarez-vous suspecte ?»[94]

François Mauriac est d'autant plus favorable à ce mode d'élection du premier des Français qu'il permet plus aisément l'identification du pouvoir à un homme. Mais on ne sent l'auteur du Bloc-notes vraiment rassuré de son audace institutionnelle que lorsque cette identification s'effectue à la personne de De Gaulle. Le Général à la tête du pays rassérène Mauriac parce qu'il est le seul, à ses yeux, capable d'assurer l'unité nationale. Lui seul, selon Mauriac, est à même de représenter la France puisqu'il fut celui qui restaura son honneur en 1940, qui l'arracha des serres de l'occupant et de Vichy en 1944 et la sauva de l'abîme en 1958.

En somme, la France et la République s'incarnent en de Gaulle[95]. Une France républicaine qui recouvre, grâce à celui qui la dirige, son rang parmi les autres nations. Mauriac a souffert des humiliations que Hitler fit subir à une France incapable de lui opposer une quelconque résistance durant la sombre époque de la conquête de l'espace vital. Il retrouve chez de Gaulle l'agent de la restauration du prestige d'une nation souveraine. Et le chef de l'État ne peut le faire que parce qu'il est la France. Pour Mauriac, «De Gaulle incarne la France de l'Histoire ; il donne une réalité charnelle à ce qui n'était qu'une idée. Tant qu'il respire, qu'il conçoit, qu'il agit, cette France a l'air d'exister. Grâce à lui, elle a une politique étrangère à sa mesure...»[96]

Le Mauriac barrèsien est ici au comble de sa satisfaction. Il assiste à ce que 1870 et 1940 avaient rendu inespéré : «cette remontée de la France vers les hauteurs...»[97] En fait, il retrouve dans cette politique la «notion de grandeur» par laquelle la France se redresse pour faire face à ceux qui voudraient la soumettre. «La politique gaullienne, dit-il, contredit le dogme d'une France (...) vouée à jouer les satellites et les vassales.»[98] Il y a là de nets apparentements à quelques mots du Général comme : «La tête haute, nous sommes la France au milieu des peuples du monde.»

Chez Mauriac, la grandeur de la France n'est nullement synonyme d'impérialisme. Pour lui, la mission de la France ne s'inscrit pas dans l'acquisition de terres ni même dans le maintien par la force d'un Empire condamné au délitement et à la disparition. «Ses possibilités de grandeur sont dans l'accomplissement de sa vocation la plus haute : le rayonnement spirituel.»[99] Si on soupçonna jamais François Mauriac de nationalisme, il faut prendre garde à la définition du terme quand il devient mauriacien. Selon l'auteur du Bloc-notes, la mission de la France est d'annoncer l'Évangile[100]. Son combat est à la mesure de sa «passion invincible pour la dignité de l'homme» et de cet «amour de la liberté qui a dressé, comme leurs pères de 1792, les héros de notre Résistance.»[101]

C'est ici que la France révèle sa vraie identité. C'est ici qu'elle dévoile la nature de son âme. Car, pour Mauriac, «la nation française a une âme.»[102] C'est ici aussi qu'elle trouve l'origine unique de sa grandeur politique puisque, à en croire Mauriac, «la richesse spirituelle de la France (...) intéresse éminemment sa puissance temporelle.»[103]

A ce moment de notre analyse, deux remarques s'imposent :

- le nationalisme de Mauriac n'est pas celui de Barrès, et encore moins celui de Maurras. A la différence de ce dernier, Mauriac intègre en effet l'héritage de 1789 dans l'ensemble des éléments concourant au rayonnement spirituel de la France dans le monde[104].

- Le nationalisme mauriacien trouve son écho dans le nationalisme gaullien parce qu'ils sont porteurs, l'un comme l'autre, des valeurs chrétiennes. Ainsi, pour Mauriac, le gaullisme garantit l'épanouissement de l'âme de la nation française. En 1968, il écrit : «La leçon politique de De Gaulle aux Français, ce fut que leur intérêt se confondait avec une politique accordée aux principes chrétiens.»[105]

En quoi la politique gaulliste serait-elle plus chrétienne que celle du MRP ? Par l'image qu'elle donne de la France au monde et par les relations qu'elle entend entretenir avec les pays du tiers monde, notamment africains. Rien ici de commun avec les guerres coloniales soutenues par les démocrates-chrétiens, mais le souci gaullien de «maintenir ou de restaurer, chez les peuples de notre ancien empire, cette figure de la France libérale, de la plus humaine des nations (je n'ose écrire : la plus chrétienne, quoique je le pense...).»[106] Les accents sillonnistes remplissent ici chacune de ces paroles.

Cependant, si de Gaulle agit en chrétien, Mauriac n'omet pas de signaler qu'il «se garde toujours de donner une empreinte catholique, chrétienne à la parole et à l'écrit» tout comme «il se garde de toute ingérence confessionnelle»[107]. De l'inspiration à l'empreinte, il y a un pas que le Général n'a donc pas franchi. En cela, la conception républicaine de De Gaulle est conforme à celle de Mauriac. Gouvernée par les principes de l'Évangile, la République ne sombre pas dans le confessionnalisme et ne s'attache à aucune Église : elle demeure laïque.

En fait, dans tous ses méandres, le fleuve mauriacien trouve sur la terre gaullienne la synthèse homogène des limons barrèsien et sillonniste. «Toutes ces contradictions, écrit-il en 1967, ma chance aura été de les voir, avant que je disparaisse, s'ordonner dans la dialectique gaulliste.»[108]

La république consulaire canalisant les caprices des partis politiques par l'ascendance de l'exécutif sur le législatif, l'identification du pouvoir et de la France à un homme, l'inspiration chrétienne de charité, de justice et de liberté donnée à la politique du pays tout en respectant le caractère laïc de ses institutions sont autant de principes gaulliens et mauriaciens.

Ils sont autant de matériaux disparates qui - agencés par le génie propre de l'architecte de la Ve République - trouvent une unité rare, offrant à la fois harmonie et solidité. Mauriac l'a très vite compris, peut-être parce qu'il avait senti de Gaulle habité par les paradoxes dont il souffrait depuis l'adolescence. En politique, l'homme du 18-Juin avait su en faire l'habile synthèse. Il la proposait à la France : elle prenait le nom de «gaullisme». Aussi, sans de Gaulle, Mauriac n'aurait pas connu l'élément fédérateur des deux traditions politiques antithétiques incarnées par Barrès et Sangnier.

En fait, de Gaulle réconcilie Mauriac avec lui-même. Mieux : il le réconcilie avec la République ; non celle que Vichy terrassa ni celle qui s'échoua sur la côte algéroise, mais celle-là même qu'il désespéra de voir naître un jour. Désormais, elle serait là, façonnée à l'ombre d'une croix de Lorraine et frappée du sceau de De Gaulle.

«Il y a une mystique républicaine», écrivait Mauriac en 1920 sans la connaître. L'Histoire lui donna la grâce de la sentir à la fin de son existence. De Gaulle devint dès lors pour Mauriac celui par qui l'expérience mystique républicaine fut enfin pleinement vécue. En somme, De Gaulle fut à l'adhésion mauriacienne de la République ce que le Christ fut à la connaissance mystique de Dieu.

Aussi, n'est-il pas étrange, dans les écrits de Mauriac, de voir le général de Gaulle posséder, à la seule dimension républicaine, les grâces du Fils de l'homme.

Ainsi de Gaulle prophétise-t-il à Londres en annonçant la victoire de la France dans les décombres de la défaite. Ainsi prophétise-t-il à Bayeux en stigmatisant les failles d'un régime qui s'effondra douze ans plus tard. «Si de Gaulle prophétise, écrit Mauriac, c'est son intelligence, son génie, qui lui font discerner (...) les fils dont sera tissé l'avenir.»[109]

Ainsi, avant de la «sauver en 1958»[110], de Gaulle ressuscite-t-il la République en 1940-1944.

«En ce temps-là, rappelle Mauriac, sur la France matraquée, les maurrassiens de Vichy, en tremblant de joie, essayaient enfin leur système. Alors ce Français [de Gaulle] qui, par une prédestination mystérieuse, avait reçu en héritage le nom même de la vieille Gaule, essuya les crachats sur la face de la République outragée. Et nous, il faut bien l'avouer, qui, depuis notre adolescence, ne croyions guère plus en elle, nous l'avons reconnue enfin, cette République de nos pères, nous avons eu foi en sa résurrection.»[111]

Ainsi de Gaulle domine-t-il aussi l'Histoire[112] par sa «maîtrise des événements»[113].

Ainsi, et enfin, de Gaulle survivra-t-il à sa propre disparition. «Quand de Gaulle ne sera plus là, écrit Mauriac en 1964, il sera là encore. Et s'il faut parier, je parie que ce sera lui encore qui décidera.»[114]

Comme le Christ fonde chez le chrétien Mauriac sa foi en Dieu, de Gaulle fonde chez le politique Mauriac sa foi en la République. En fait, inconsciemment ou non, Mauriac nous laisse comprendre que de Gaulle a réalisé dans son cheminement politique ce que le Christ accomplit dans son expérience du divin. Le parallèle est audacieux ; il explique cependant ce que l'on peut qualifier d'«acte de foi» gaulliste de François Mauriac en mai 1958 et tout au long des onze années de présidence du Général. Un acte de foi qui ne va pas cependant jusqu'aux «barons» du gaullisme[115]. Il  est en tout cas à l'origine du polémiste-inquisiteur qui jette l'anathème sur tous ceux qui entravent l'œuvre du Général et ne participent pas au rayonnement du gaullisme.

Jean Lecanuet, le MRP qui se présente contre de Gaulle à l'élection présidentielle de 1965, est cloué sur le pilori que Mauriac ne cesse de lui ériger.

«Ce qui n'est pas une conjecture, c'est l'inexistence de tout atome crochu entre ce M. Lacanuet et moi. Comme je ne l'ai jamais rencontré, je puis le dire à la lettre : c'est en peinture que je ne puis le souffrir. Son sourire et ses dents relèvent pour moi du cauchemar.»[116]

Le directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, connu pour son hostilité à de Gaulle, s'attire également les foudres mauriaciennes. Quand Mauriac ne le dépeint pas sous les traits d'un «cheval pas commode», il l'infantilise : Beuve-Méry «fait une colère, comme on dit des enfants, de ces colères qui ne vont pas sans trépignements, sans coups de pied à la porte.»[117]

Quant au journaliste de France-Observateur  Claude Bourdet, il reçoit avec la gauche cette saillie de Mauriac à la faveur du rappel des circonstances du retour du Général au pouvoir en 1958 : «Alors, nous dûmes choisir, face à des éléments de l'armée mutinés, entre de Gaulle et ce rien dont, cher Bourdet, vous avez toujours été, en politique l'expression.»[118]

Ces flèches témoignent, comme bien d'autres que Mauriac sut porter au plus vif, de l'attachement de l'archer à celui par qui il retrouva la foi en la République et en la France : de Gaulle.

«Le gaullisme fut la rencontre d'une grande pensée politique et d'une grande nation déclinante que l'excès même de son malheur avait obligée de se soumettre à cette pensée.»[119] Rappelons-nous. C'est ainsi que François Mauriac définissait le gaullisme en octobre 1962.

Il s'agit là d'une définition conjoncturelle qui ne saisit pas l'essence de l'acception du mot. Pour en révéler le sens plein, Mauriac aurait dû puiser en lui-même, dans cette symbiose audacieuse de la démocratie chrétienne et du « barrèsisme ». Il y aurait trouvé son unité politique, la pierre de touche du temple républicain tel qu'il l'avait toujours rêvé et qu'il vit enfin érigé sur les ruines de la IVe République. Cette unité est la cohérence de Mauriac dans les entrelacs de ses engagements politiques.

On peut adopter ou rejeter la conception de la République idéale de ce catholique, elle n'en demeure pas moins celle du jeune sillonniste de 1905, celle du soldat de la Grande Guerre, celle du chroniqueur du Gaulois, celle du défenseur des Basques et des républicains espagnols, tout comme celle de Forez, ou encore celle du Président du comité «France-Maghreb» et du mendésiste. Elle est surtout celle du chrétien qui ne pouvait concevoir le destin de Marianne hors de la lumière des Béatitudes. Il reconnut enfin ses traits un jour de septembre 1958. Il lui resta fidèle.

Le 1er septembre 1970, le général de Gaulle se souviendrait de ce qu'il dut à un Mauriac que l'éternité venait d'arracher à ce monde. Il écrivait à la veuve de l'écrivain :

«Son souffle s'est arrêté. C'est un grand froid qui nous saisit. (...) Je lui voue [à Mauriac] une reconnaissance extrême... pour m'avoir honoré et aidé, dans mon effort national, de son ardente adhésion, de sa généreuse amitié, de son immuable fidélité. Ce concours m'aura été sans prix...»[120]

L'auteur de ces lignes ne survivra qu'à peine à celui dont il saluait ainsi la mémoire. Ironie de l'Histoire qui, à quelques semaines de distance, mit un terme à deux destins qu'elle avait réunis. Deux hommes qui nourrirent l'un pour l'autre une admiration réciproque : le politique pour le génie de l'écrivain, l'écrivain pour le génie du politique.

Dans la mémoire collective, ingrate et injuste parfois, la postérité de l'homme d'État semble incontestablement écraser celle de l'homme de Lettres. Le malheur de Mauriac en l'occurrence fut d'avoir été trop à gauche pour être reconnu par la droite, et d'avoir été trop catholique pour être accepté par la gauche. Dans un siècle où les intellectuels furent par trop souvent enfermés dans les ornières idéologiques, François Mauriac se dresse dans son atypie. Mais l'oubli tombe plus facilement sur cette espèce de francs-tireurs inclassables. Et lorsqu'on s'efforce de se souvenir, on ne retient jamais que le romancier de la noirceur humaine ou la méchanceté, l'ironie, les sarcasmes prêtés avec hâte au polémiste. Pâle mémoire que celle-là !

Et pourtant ! Mauriac fut bien plus. Que nous adhérions ou non à ses prises de positions, nous devons bien reconnaître qu'en un moment où la pensée tend à s’uniformiser, où l'intelligence est sujette à des dogmes idéologiques, Mauriac paraît bien être un frondeur. Car il fut bien cette irréductible liberté de ton et de conviction qui ne cesse jamais de répondre à l'exigence de la conscience chrétienne.

 

[1] François Mauriac, Mémoires politiques, Paris, Grasset, 1967, 477 p., p. 7.

[2] François Mauriac, «L'Enfant et la République», chronique parue dans Le Gaulois, 10 novembre 1920, dans Jean Touzot, Mauriac avant Mauriac, 1913-1922, Paris, Flammarion, 1977, 231 p., p. 169.

[3] Jean Lacouture, François Mauriac, Paris, Seuil, 1980, 636 p.,  p. 491.

[4] Orion, pseudonyme de Jean Maze, Nouveau Dictionnaire des Girouettes, Paris, Éditions Le Régent, 1948, 350 p., pp. 43-52, pp. 248-262.

[5] Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, Bordeaux, L'Esprit du Temps, 1997, 111 p., p. 27.

[6] Ibidem.

[7] Ibidem.

[8] François Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs, Paris, NRF, Collection de la Pléiade, 1990, Œuvres autobiographiques, 1293 p., p. 729.

[9] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 9.

[10] Ibidem.

[11] François Mauriac, Souvenirs retrouvés. Entretiens avec Jean Amrouche, Paris, Fayard-INA, 1981, 314 p., p. 41. Ces entretiens datent de 1952.

[12] François Mauriac, op. cit., p. 169.

[13] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 10.

[14] Mauriac écrit à Barrès le 6 septembre 1914 : «On me fait entrevoir la possibilité d'être appelé à de plus belliqueuses fonctions. Je le souhaite profondément.» François Mauriac, Lettres d'une vie, Paris, Grasset, 1981, 459 p., p. 72.

[15] «C'est un fait éblouissant que le parti du gouvernement est aussi le parti de la trahison ; ils trahissent sans le vouloir. Ce sont leurs idées qui, malgré eux, trahissent la France.» Lettre de Fr. Mauriac adressée le 8 novembre 1917 à Pierre Mauriac, dans Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, op. cit., p. 59.

[16] François Mauriac, Journal d'un homme de trente ans, Paris, NRF, Collection de la Pléiade, 1990, Œuvres autobiographiques, op. cit., p. 229.

[17] François Mauriac écrit à son frère le 25 juin 1928 : «L'A. F.  [L'Action  française] m'est “sympathique”, et en toute occasion je prends sa défense ; mais c'est du dehors.» Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, op. cit., p. 91.

[18] Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 295.

[19] Idem, p. 296.

[20] François Mauriac, Journal, 1932-1939, Paris, Grasset, 1970, 415 p., p. 193-194.

[21] Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, op. cit., p. 74.

[22] «Le christianisme et le bolchevisme s'y embrassent [dans Esprit] sous les mains bénissantes de Maritain. Mounier et les autres y écrivent un patois métaphysique et émettent autour d'eux un brouillard fuligineux...» Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 300.

[23] Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, op. cit., p. 92.

[24] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 183, 18 décembre 1958.

[25] Jean Lacouture, op. cit., p. 313.

[26] Article du 25 juillet 1936.

[27] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 81.

[28] Idem, p. 67.

[29] Idem, p. 116.

[30] François Mauriac, «La France en cellule», article paru le 3 juillet 1940 dans Le Figaro, dans Jean Touzot, Mauriac sous l'Occupation, Paris, La Manufacture, 1990, 373 p., p. 201.

[31] Voir Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 359 sqq.

[32] Jean Touzot, Mauriac sous l'Occupation, op. cit., p. 207.

[33] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 20-21.

[34] 18 octobre 1940.

[35] Mauriac en ébaucha les grandes lignes en 1940, puis remania le texte durant l'été 1942. Il y apporta quelques corrections mineures en 1943.

[36] Gringoire, 29 mai 1940.

[37] La formule est de Guy de Pourtalès, Journal de Genève, 28 juillet 1940.

[38] Le Cri du Peuple,  14 novembre 1940.

[39] Jacques Duquesne, Les catholiques français sous l'Occupation,  Paris, Grasset, 1986, 457 p., p. 163.

[40] L'Appel, 24 avril 1941. L'auteur de l'article est le Dr Guillotin.

[41] Il faut aussi lire ce qu’écrit Lucien Rebatet sur Mauriac dans Décombres. Lucien Rebatet, Les Mémoires d'un fasciste, tome I, Les Décombres, 1938-1940, Pauvert, 1976, 610 p., p. 51. Réédition de l'ouvrage paru en 1942 chez Denoël.

[42] François Mauriac, Le Cahier noir, Paris, Les Éditions de Minuit, 1947, 93 p., chapitre «La nation française a une âme», p. 59.

[43] François Mauriac, Mémoires politiques, p. 145. Premier article donné à Mauriac au Figaro  à la Libération : «Le premier des nôtres».

[44] François Mauriac, «Les trois contradictions», Le Figaro, 14 février 1946.

[45] Le Monde, 31 mai 1967, p. VIII.

[46] François Mauriac, Bloc-notes, 1965-1967, t. IV, Paris, Seuil, Collection «Points», 1993, 589  p., p. 506,  14 septembre 1967.

[47] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 536.

[48] Idem, p. 313, 15 décembre 1956.

[49] Le «Bloc-notes» apparut pour la première fois en décembre 1952 à La Table Ronde. Mauriac donnait aussi des chroniques au Figaro qu'il quitta en 1954. Il rejoignit alors L'Express qui accueillit son «Bloc-notes».

[50] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 235, 28 décembre 1954.

[51] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 37, 24 février 1958.

[52] Jean-Claude Lattès, «Mauriac face à Mauriac», Les Nouvelles littéraires, 25 mai 1965, p. 1 à p. 10.

[53] François Mauriac, Un adolescent d’autrefois.

[54] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 348, 11 novembre 1956.

[55] Pierre Mauriac, François Mauriac, mon frère, op. cit., p. 27.

[56] Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 185.

[57] François Mauriac, Bloc-notes, 1965-1967, t. IV, op. cit., p. 96, 12 juin 1965.

[58] Ibidem.

[59] Idem, p. 172, 28 novembre 1965.

[60] Idem, p. 140, 2 octobre 1965.

[61] Idem, p. 205, 29 janvier 1966.

[62] François Mauriac, De Gaulle, Paris, Grasset, 1964, 345 p., p. 31.

[63] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 248, 1er  février 1955.

[64] Jean-Jacques Brochier, «François Mauriac, écrivain et journaliste», Magazine littéraire, n° 22, octobre 1968, p. 6 à p. 13.

[65] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 168.

[66] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, Paris, Seuil, Collection «Points», 1993, 595 p., p. 241,  5 octobre 1962.

[67] Idem, p. 239, 4 octobre 1962.

[68] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 31.

[69] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 364, 26 mai 1963.

[70] Étienne Borne, «Politique de François Mauriac», Le chrétien Mauriac, Paris, Desclées de Brouwer, 1971, 191 p., p. 181.

[71] Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 147. Extrait d'une lettre que Mauriac adresse à Jacques-Émile Blanche, 27 mai 1918.

[72] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 16.

[73] François Mauriac, Le Cahier  noir,  op. cit., p. 11-12.

[74] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 200-201, 13 juin 1963.

[75] François Mauriac, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1962, 188 p., p. 113.

[76] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 287, 20 août 1955.

[77] François Mauriac, D'autres et moi,  Paris, Grasset, 1966, 324 p., p. 297.

[78] François Mauriac, Journal d'un homme de trente ans, op. cit., p. 242.

[79] François Mauriac, Bloc-notes, 1965-1967, t. IV, op. cit., p. 446, 7 mai 1967.

[80] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 16.

[81] François Mauriac, Bloc-notes, 1952-1957, t. I, op. cit., p. 393, 5 octobre 1956.

[82] Le Monde, 10-11 octobre 1965, p. 17.

[83] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 17.

[84] François Mauriac, Journal  IV, «Cléricalisme», 28 octobre 1945, dans Les chefs-d'œuvre de François Mauriac, t. XII, Paris, Flammarion, s.d., 415 p., p. 144.

[85] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 378, 20 janvier 1960.

[86] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 241, 5 octobre 1962.

[87] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 23.

[88] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 86-87, 21 juin 1958.

[89] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 140, 29 septembre 1958.

[90] François Mauriac, Journal  IV, «Les trois contradictions», 14 février 1946, dans Les chefs-d'œuvre de François Mauriac, t. XII, op. cit., p. 199.

[91] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 484, 30 mai 1964.

[92] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 48.

[93] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 279, 16 décembre 1962.

[94] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 336.

[95] Idem, p. 143.

[96] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 133, 10 février 1962.

[97] Réforme, 7 novembre 1964, p. 16.

[98] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 431, 23 novembre 1963.

[99] Réforme, 7 novembre 1964, p. 16.

[100]  François Mauriac, Journal  IV, «Réflexions devant le rideau», 31 octobre 1945, dans Les chefs-d'œuvre de François Mauriac, t. XII, op. cit., p. 146.

[101] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 151.

[102] François Mauriac, Le Cahier  noir,  op. cit., p. 48. Chapitre «La nation française a une âme».

[103]  Idem, p. 49.

[104] «Si 1789 fut l'une des plus belles époques de notre Histoire, c'est qu'alors, en dépit de tant de misères, l'espérance humaine était intacte.» François Mauriac, Journal  IV, «Vive la liberté !», 14 juillet 1945, dans Les chefs-d'œuvre de François Mauriac, t. XII, op. cit., p. 94.

[105] François Mauriac, Bloc-notes, 1968-1970, t. V, Paris, Seuil, Collection «Points», 1993, 415  p., p. 49,  16 mars 1968.

[106] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 161, 8 novembre 1958.

[107] Réforme, 7 novembre 1964, p. 16.

[108] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 30.

[109] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 149.

[110] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 331, 24 octobre 1959.

[111] François Mauriac, Mémoires politiques, op. cit., p. 146.

[112] François Mauriac, Bloc-notes, 1965-1967, t. IV, op. cit., p. 356, début mai 1970

[113] François Mauriac, De Gaulle, op. cit., p. 31.

[114] Idem, p. 326.

[115] Seul Georges Pompidou semble trouver grâce auprès de Mauriac après 1968.

[116] François Mauriac, Bloc-notes, 1965-1967, t. IV, op. cit., p. 240, 1er  avril 1966.

[117] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 465, 24 avril 1964.

[118] François Mauriac, Bloc-notes, 1958-1960, t. II, op. cit., p. 279, 4 juillet 1959.

[119] François Mauriac, Bloc-notes, 1961-1964, t. III, op. cit., p. 241, 5 octobre 1962.

[120] Jean Lacouture, François Mauriac, op. cit., p. 590.

Vendredi 02 juin 2017
Philippe DAZET-BRUN